Des lieux de dialogue à visée philosophique partout dans le monde ?

Depuis plus de 2000 ans, chaque ville et village du monde compte une ou plusieurs églises et différents lieux de culte. A l’aube du troisième millénaire, on peut espérer que chaque ville et village du monde compte également un ou plusieurs cafés philo : des lieux où, dans le respect des idées exprimées par chacun, on met en dialogue nos réflexions sur le sens des choses et de la vie.

« Occupés », on croit que nous le sommes tous beaucoup, mais si nous ne prenions pas le temps d’échanger, et précisément pour exprimer notre liberté par le fait même de « philosopher » (c-à-d en partageant nos questionnements respectifs sur le sens des choses et de la vie), nous n’exprimerions alors que notre aliénation au monde. C’est un premier niveau d’argumentation : philosopher pour soi, pour tenter de s’appartenir soi-même de façon bienveillante et réflexive, mais aussi, le faire à plusieurs pour élargir l’horizon de sa pensée, et le faire avec des personnes qui défendent des idées opposées aux nôtres pour affiner et approfondir sa réflexion.

L’argument n°2 tient au fait que nos démocraties « vieillies » et en crisecommencent à montrer de sérieux signes de faiblesse (replis communautaristes, démagogie des discours, professionnalisation des politiciens qui pensent en termes de carrière, crispations internes des partis politiques, dogmatisme des droites et des gauches qui ne sont plus représentatives des diversités et de la complexité du monde moderne, etc.).

Or, il ne peut y avoir de démocratie (un régime qui accepte la multiplicité des idées et des partis) sans philosophie, c-à-d, sans mettre également en place une méthodologie éclairée du questionnement et du débat des idées.

In fine, une démocratie, ce n’est pas se rallier à une majorité pour écraser des minorités, mais c’est plutôt se demander comment chaque groupe peut considérer les difficultés et les besoins des autres groupes, c’est reconnaitre à chacun son droit à exister, c’est se soucier d’un bien commun qui transcenderait les intérêts particuliers.

Ce second argument tient donc, et pour ma part, à une action humaniste et militante : si en tant que citoyen nous ne philosophons plus, ce n’est pas ceux qui sont au pouvoir qui vont le faire à notre place – « il ne peut y avoir de démocratie éclairée sans citoyen éclairé. Dans une société qui promeut la philosophie pour tous, chacun devient une chance pour l’autre ».

Votre question 3 : est-ce le fait des petites villes, favorables à la diffusion des idées?

A vrai dire, plus une ville est grande plus elle est potentiellement riche de cafés philo (en France) car plus elle dispose de ressources. En fait, les petites villes ont de plus grands besoins et de plus grandes difficultés, les citoyens s’y montrent plus frileux, la diversité y est moindre, le brassage des idées moins fréquent. En ayant créé le site hppt://cafephilos.org, je veux donner à voir qu’une communauté des cafés philo s’anime, je souhaite faciliter la communication entre les différents responsables/participants, et permettre à chacun de s’inspirer de la pratique des autres. Mais il y a encore beaucoup de travail pour rendre ce site plus fonctionnel.

Mais on croit voir une question adjacente à cette intervention : peut-on préciser ce que peut être une philosophie citoyenne, populaire  (non populiste pourtant, ce qui serait un contre sens) ? En quoi une philosophie citoyenne se différencierait-elle d’une philosophie académique ou scolaire ?