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Les nouvelles maladies de l'âme

 

Cette présentation a été faite le 19 novembre 2009, à l'UNESCO dans le cadre d'un atelier de travail sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques, co dirigé avec Marie Agostini, ayant comme thème: «Philosophie et médecines de l'âme». Ce texte sur  les nouvelles maladies de l'âme s'est appuyé sur un travail dont est proposée, içi, la version écrite, plus complète que la présentation orale .

 

Les nouvelles maladies de l'âme


Voici quelque temps déjà que la notion d'âme semble être reléguée dans l'arrière boutique de l'antiquaire. ; le chaman parle d'«esprit», le théologien de «la personne»,le psychologue de « psyché», le psychanalyste d' «inconscient», le biologiste de «cerveau» et le coach de...je ne sais encore trop de quoi. Parler des nouvelles maladies de l'âme suggérerait l'hypothèse que nous n'en aurions pas fini avec l'au delà, avec les dieux ou Dieu. A moins que , les dieux ayant été renversés, de nouvelles idoles (la santé, le bien-être, le divertissement, la communication...) souffleraient de nouveaux états d'âme. Pourtant leur état n'est pas florissant:la jeunesse est pessimiste (particulièrement en France; 1 adolescent de 16 ans sur 10 fait une tentative de suicide 2). Avant d'appeler à leur chevet chamans, prêtres, psy ou coach pour quelques médecines, nous allons tenter d'en repérer certaines formes.

Mais alors, de quel point de vue, avec quel outil les dessiner? Nous sommes à l'UNESCO. C'est en écoutant içi même le rapport sur l'enseignement de la philosophie dans le monde , sa géographie calquable sur celle de la démocratie, que j'ai cherché un point de vue. Je suis aller explorer le champ de l'histoire de la démocratie pour y trouver des matériaux pour penser. C'est donc dans les rapports entre religion et politique ,dans ce long parcours de la laïcité,que nous sommes aller chercher ce point de vue.

Nos outils, pour dessiner, ont été constitués à partir de la longue- vue de l'histoire politique de la religion élaborée par Marcel Gauchet3; Il y explore le «désenchantement du monde», ce passage de l'enchantement du monde par présence des dieux auprès des hommes , à celui du monde de la démocratie. Nous avons adapté certaines de ses hypothèses à notre vision de praticien de la souffrance psychique, pour penser et dessiner ces nouvelles maladies de l'âme .Il va de soi que le point de vue que je vais vous présenter n'engage que moi.

Avec cet outil, nous allons être attentifs à la dimension d'invisibilité et d'altérité qui nous habite et nous constitue. Nous allons donc être attentifs , dans l'itinéraire que nous allons parcourir:

  • aux lignes d'horizon, ces zones frontières du visible et de l'invisible. En effet l'homme s'éprouve irréductiblement lui même sous le signe de l'invisible. Il parle et est parlé et rencontre l'invisible dans les mots.

  • à l'altérité, aux expériences de l'autre.

  • et à l'expérience de l'un, de l'unité.

Ces expériences de l'invisible, de l'autre et de l'un vont être donc l'objet de notre attention dans les paysages que nous allons maintenant traverser.

Nous irons en terre sauvage ou primitive, puis nous rencontrerons la personnalité moderne pour arriver à notre monde contemporain et ses nouvelles maladies.


Le philosophe et le chaman du mythico-religieux:


Dans ce paysage vivent des «peuples sans écriture»( ou que l'on qualifie de «sauvages» ou «primitifs»). Rappelons évidemment que si leur niveau technique est très embryonnaire, leur organisation sociale et leurs systèmes de pensées sont très élaborés4.

C'est le mythico-religieux qui tient l'ensemble de ces communautés humaines et il en occupe toute la place. Ces mythologies consistent en récits mettant en scène des êtres naturels-les météores, le soleil, la lune, les animaux-qui agissent comme des êtres surnaturels. Dans ces récits, l'intrigue se situe dans un temps qui n'a rien à voir avec le présent,puisque c'est un temps où s'est joué la mise en ordre des choses .Le «religieux» proprement dit , dans ce système de pensée, est ce temps mythique de la fondation, c'est l'ancestral, l'originel, non pas lointain mais autre. Chacun en dépend totalement et en tout. Il n'y a pas de religion institutionnalisé,mais des rites qui encadrent l'existence du quotidien, encadrement venant rappeler à propos de chaque activité ou événement ,le modèle originel . Il en résulte des sociétés conservatrices au sens radical du terme, puisqu'elles se posent dans la dépendance d'une antériorité soustraite à la prise des vivants. Ceux ci font ce que font les pères et ce que feront leurs enfants:adhésion sans faille, en pieuse conformité avec le legs des ancêtres.

Ce mythico religieux est source d'une égalité d'un genre particulier:personne n'est du côté de l'origine et tous sont à égale distance vis à vis d'elle. Ainsi, nul ne peut se targuer de parler au nom de cet au delà. Nul ne peut prétendre parler ni édicter des lois en son nom. Il existe un chef mais il n'est pas l'incarnation des dieux sur la terre, il n'a pas le pouvoir de changer les règles de comportement de la collectivité. Les autres membres du groupe ne possèdent pas d'avantage de pouvoir, ce qui crée une situation d'égalité intégrale et un sentiment communautaire très puissant.

Pour le chaman, ce «magicien» ou «homme religieux», il existe bien des êtres naturels, les esprits. Mais ces entités invisibles, qui environnent, ne relèvent pas de l'origine du monde. Elles sont des puissances magiques, des éléments importants certes mais sans lien avec ce qui a déterminé l' ordonnancement primordial. Cela protège les valeurs fondamentales d'une remise en cause et crée une véritable égalité entre les homme. On pourrait envisager de penser la question du sens ,sous cet angle. La magie ouvre le chantier du sens , qui trouvera ses développements dans la sorcellerie. La sorcellerie apparaît alors comme une sorte de «philosophie naturelle»5,mobilisée en cas d'infortune ou de conflit social.

La personnalité traditionnelle:

Elle est une personnalité ordonnée par l'incorporation de ces normes collectives., incorporation qui se fait par des rites initiatiques. Cette personnalité est littéralement constituée (on pourrait dire corps et âme) par la norme collective qu'elle porte en elle, dont elle porte les marques. Chacun des membres contient , à sa façon, la collectivité.6 Il s'agit d'une personnalité à honte, intimement associée à l'honneur, où la pire des épreuves est de perdre la face. C'est un monde sans inconscient en tant qu'il s'agit d'un monde où le symbolique règne de manière explicitement organisatrice, même si chaque acteur est pourvu d' un inconscient individuel.7Pour Marcel Gauchet, ce monde est enchanté, dans le sens où l'enchantement du monde c'est la présence des dieux auprès des hommes dans la nature, la possibilité pour les hommes d'être en contact permanent avec les forces qui organisent son univers. Cette proximité se paie d'un prix:celui de l'incapacité absolue de fixer les règles auxquelles les hommes doivent se soumettre. Proximité d'avec les dieux, distance d'avec la Loi.


La fissure. La philosophie antique et les médecines de l'âme :


Une fissure va se produire dans ce système de pensée de l'au-delà , de ce surnaturel, inaccessible ,ancestral, originel. Elle va venir le jour où des hommes vont être reconnus comme de légitimes représentants sur terre de cet ailleurs, jusque là, inaccessible. C'est la création des formes étatiques, où le religieux (intermédiaire entre les hommes et les dieux) légitime des formes de domination politique et les différences sociales. C'est par cette fissure que l'homme va s'approprier son destin, pouvoir modifier les valeurs fondamentales: ce qui a été institué par des hommes peut être modifié par d'autres hommes. Nous ne sommes pas que le jouet du surnaturel.

Par cette fissure le cosmos va descendre sur terre. Cette mutation mentale apparaît solidaire des transformations qui se produisent , à tous les niveaux des sociétés étatiques. En Grèce par exemple, la cité (la polis) prend la forme d’un cosmos circulaire, centré sur l‘agora, la place publique. Le pouvoir, le chratos est remis au démos: chaque citoyen, semblable à tous les autres, devra successivement occuper et céder toutes les positions symétriques qui composent l’espace civique. C’est l' image du monde social réglé par l’isonomie, l’égalité par rapport à la loi.

Par cette fissure également, les hippocratiques posent une fois pour toutes que les maladies ne relèvent pas d’une explication surnaturelle. La véritable nouveauté de l’hippocratisme est d’abord là: il affirme que la maladie n’est pas le signe d’une intention divine8 Par cette fissure, la médecine émerge de la magie, la philosophie émerge du mythe. Il s'agit pour les philosophes comme pour les médecins hippocratiques, de proposer des causes physiques, des causes propres à chaque sorte de phénomènes , des causes relevant de leur « nature » particulière, et non des caprices de tel ou tel dieu.9 Cette médecine hippocratique, quoiqu’elle ne lègue qu’un savoir anatomique et surtout physiologique finalement assez réduit, est une conquête résolue et radicale, une nouvelle voie ouverte vers le rationnel. Pour cette raison sans doute, dès le début, la médecine et la philosophie avancent parallèlement.

Le médecin est alors très logiquement le concurrent du philosophe, puisqu’il se propose lui aussi de tenir un discours rationnel et de fonder rationnellement ses interventions et qu’il est en même temps un maître de vie - même s’il l’est d’une manière différente de celle du philosophe. Philosophie et médecine sont donc d’emblée sœurs et rivales.10

Autre point remarquable, tant pour Hippocrate et ses disciples que pour les philosophes ioniens, cette fissure va permettre de re dessiner le domaine de la nature, comme un projet:englobant les phénomènes physiques et les organismes vivants. Ce nouveau régime des êtres se coupe des reliquats de l'intention divine. C'est Aristote qui en tracera les limites, en définira les propriétés et principes de fonctionnement;phusis et nomos deviennent indissociables, la multiplicité des choses s'articule sur dans un ensemble soumis à des lois connaissables , de même que la collectivité des citoyens s'ordonne selon des règles affranchies des intentions particulières. Cette fissure crée deux domaines de légalité parallèles. Les choses de la nature sont maintenant dotées d'une altérité indéniable et Aristote va s'atteler à apporter la preuve qu'il existe « une intention » un « dessein » dans la structure des êtres vivants. 11Cette intention manifeste non l'acte d'un créateur, mais l'existence d'une échelle unique de l'être qui, par des degrés de perfection croissante, « monte » des objets inanimés aux plantes, , puis aux animaux et aux hommes. L'homme y apparaît comme un animal, mais un animal raisonnable. Si l'  « âme  nutritive » existe dans les plantes, si tous les animaux disposent d'une « âme sensitive » par laquelle ils accueillent des sensations,et ressentent plaisir et douleur, seul l'homme est supposé disposer en outre d'un intellect.

Par cette fissure également, au coeur de l'agora, se dessine un nouvel espace, le théâtre, la représentation tragique. Le héros se détache du choeur antique pour s'individualiser. Le thème qu'illustrent le mythe du héros, c'est la possibilité d'établir un passage entre le monde des hommes et celui des dieux, de révéler dans une épreuve, la présence du divin. Si avant, tel un dieu, le héros se présentait comme modèle, maintenant, il est devenu problème. La tragédie apparaît à ce moment-là, et exprime maintenant que l'homme est devenu énigme.

A côté de l'homme en contact direct avec les dieux, agi par eux ,surgit par cette fissure, cet homme tout différent: Dans la tragédie .tout est contradiction, on est dans la mêlée, les dieux mêmes se battent. La tragédie joue maintenant un rôle décisif, dans la prise de conscience du “fictif” au sens propre; les dieux sont du monde de l'être, alors que les hommes , ombres fugitives appartiennent à celui du paraître, de l'inconstance. 12

Cela n'est peut être pas si différent du processus qui étaient à l'oeuvre du temps de Sophocle: quant les grecs antiques allaient voir Oedipe roi, ils n’assistaient pas à une sordide histoire de famille. Ils allaient voir la fissure, la division, la tension entre cette première expérience que l’homme a de lui même comme source de son action (qu’exprime l’invention de la démocratie), et celle où il n’est que le jouet des dieux,( qui caractérise l’imaginaire grec d’avant la démocratie) 13

Dans cette société de face à face, par cette fissure où se mesurent l'homme et les dieux, la compétition pour la gloire laisse peu de place au sens du devoir et ignore bien sûr le péché. C'est une culture de la honte et de l'honneur. L'existence de chacun est sans cesse placée sous le regard d'autrui. Il n'est de conscience de son identité sans cet autre qui vous reflète et s'oppose à vous , en vous faisant front. Soi même et l'autre, identité et altérité vont de pair, se construisent réciproquement. Cette construction grecque de l'identité que JP Vernant résume par cette question «comment faire un soi même avec de l'autre?».


La rupture :la philosophie et l'individu moderne

Dans l'univers pré chrétien, les dieux sont présents, partout tout ce qui est visible a une correspondance et une justification dans l'invisible. La rupture va venir par le christianisme ; l'incarnation et la résurrection supposent une séparation de l'ici-bas et de l'au-delà, du visible et de l'invisible. Il y a rupture entre le monde des humains et le monde divin. Le Dieu chrétien est en dehors du monde.

Le sens du monde n'est plus livré «clé en main»par les dieux, mais il est à construire.14 Les hommes n'habitent plus dans un monde «enchanté», mais un monde à interpréter.15

L'originalité de la situation occidentale c'est qu'une institution va s'établir , guidant les croyants: c'est l'Église. La naissance de cette institution marque la nécessité d'établir une interprétation du message divin. Elle crée aussi la possibilité de se situer en dehors de l'Église, soit en établissant une relation plus directe avec la divinité (ce sera la Réforme), soit en refusant l'idée de la divinité (c'est l'athéisme).16Au nom de quoi cette contestation s'opère -t-elle? Au nom de l'individu: ce qui compte c'est le rapport personnel (ou son refus) de l'individu à Dieu.

L'individualisme n'est donc pas un phénomène nouveau, mais une dimension originale de la culture occidentale , dont il est possible de trouver les prototypes à la Renaissance .Elle va produire un discours singulier, moderne celui de Michel Montaigne17

Il est le tout d'abord le premier a accepter, comme un événement crucial, la découverte de l'Amérique et à réfléchir sur la diversité des moeurs,qui l'amène au scepticisme, qu'il ne tempère que par la nécessaire adhésion aux valeurs de la société dans laquelle il vit.18 . D'autre part, dans les Essais, («Avertissement au lecteur»)il y annonce «Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice: car c'est moi que je peins» . Le projet de Montaigne est de lever les masques, de dépasser les artifices pour se découvrir lui-même. On peut y voir les prémisses de ce que l'on appelle maintenant la «psychologie». La manière de se sentir, de se comporter des individus commence donc à paraître digne d'intérêt. On peut voir aussi l'apparition de la subjectivité, entendue comme mode de relation avec nous mêmes, dès lors que nous nous ne pouvons plus nous penser déterminés par une altérité surnaturelle. Parallèlement, il contestera, que l'usage de la raison soit l'apanage de l'homme , et comme Epicure avant lui, une suprématie intellectuelle et morale des humains sur les animaux19.

Il se produit alors un processus d'individualisation du collectif., une appropriation individuelle du collectif.; il s'agit de rendre conscient et voulu ce qui relevait de la tradition, de l'ordre reçu, du symbolique insu. En contre partie, la mise en évidence d'un inconscient où se réfugie la part symbolique qui n'a plus de place dans le fonctionnement collectif, où les règles du droit remplace l'autorité de la coutume et des dieux. Cette part symbolique va concerner notamment tout ce qui concerne le processus de socialisation : d'où le lien entre inconscience et enfance. L'objectif est de faire passer à l'intérieur la norme collective qui se donnait de l'extérieur. Il y a véritablement intériorisation de la norme, par opposition à l'incorporation de l'univers traditionnel. Il s'agit d'opérer l'appropriation consciente et volontaire de ce qui était reçu et subi, mais sans que soit remis en cause l'inscription dans le social. C'est ce compromis que va exemplairement exprimer la notion de devoir. Le devoir, c'est ce qui s'impose à moi comme à tous, mais qu'il me faut néanmoins individuellement vouloir en conscience. S'ouvre du même coup la possibilité d'un conflit entre les deux ordres à l'intérieur même de la personnalité; -ce n'est pas le conflit qui est nouveau,c'est son intériorisation, conflit entre ce qui est de l'inscription psychique de la règle sociale et ce qui est de l'ordre de l'individualité et de son désir.

On a maintenant affaire à une personnalité à surmoi, à culpabilité, et non à honte, à déchirement entre conscience et inconscience. Une inconscience faite de deux choses: l'intériorisation persécutrice de la norme, au delà de ce qu'exige la règle consciente, ou bien l'affirmation irrépressible du désir, au delà de ce que l'individu est en mesure d'assumer face à la règle. C'est à ce sujet là que Freud va se mettre à l'écoute20.


L'individu contemporain:


Sa caractéristique fondamentale serait l'effacement de cette structuration par l'appartenance. L'individu contemporain aurait en propre d'être le premier individu à pouvoir se permettre, de par l'évolution même de la société, d'ignorer qu'il vit en société. Il ne l'ignore pas , bien évidemment au sens superficiel où il ne s'en rendrait pas compte. Il l'ignore en ceci qu'il n'est pas organisé au plus profond de son être par la précédence du social et par l'englobement au sein d'une collectivité . La rupture est radicale avec tout ce que cela a voulu dire , durant des millénaires, de sentiment de l'obligation et de sens de la dette .

L'individu contemporain se serait l'individu déconnecté symboliquement et cognitivement du point de vue du tout, l'individu pour lequel il n'y a pas de sens à se placer au point de vue de l'ensemble. Il lui est difficile de se représenter en général la dimension du public. D'où l'envahissement de la sphère publique par l'affirmation des identités privées.

Il s'opère alors un glissement du statut de la responsabilité: Peu importe que l'impulsion ou la détermination vienne de la conscience ou de l'inconscient, , ce qui compte, c'est ce qui vous permet ou vous empêche d'être vous même. Sauf qu'être soi-même, ce n'est plus comme à l'âge de la personne moderne, être au clair avec soi même, savoir ce qui vous conduit de manière à agir avec volonté et liberté intérieure. D'où le déclin de la visée d'élucidation et de la valeur de vérité, comme l'observation en a été souvent faite à propos de l'évolution des psychothérapies. D'où la réorientation vers la négociation avec le symptôme et l'efficacité comportementale. D'où ce phénomène à explorer du coaching.21

Plus qu’une évolution, Marcel Gauchet parle de discontinuité dans l’évolution de l’individu . Désormais, l'homme se retrouve seul, responsable de son passé, mais aussi de son avenir. Il n'y a plus de dieux tous puissants, de plan divin, de sens de l'histoire. L'homme est complètement livré à lui même dans la conduite de ce bas monde. Nous serions des  «  héritiers sans testament »selon la formule de Anna Arhend .Mais alors à quoi croit-il cet individu contemporain ? 22

.Les nouvelles maladies de l'âme23


Nous avons proposé cette hypothèse de compréhension des nouvelles maladies de l'âme par cette atomisation individualiste .La manière dont on comprend sa survenue détermine la manière d’en comprendre ses manifestations.

Dans un style d'existence dominé par le discipline et l'interdiction, la question qui se posait à chacun est du type:que m'est-il permis de faire?

Quand la référence à l'autonomie et à l'action domine les esprits, la question est désormais: suis-je capable de le faire?

Dans ce modèle de la, personnalité contemporaine , il y aurait peu de place pour la honte ou la culpabilité. Il ne faudrait surtout pas en conclure que les divisions ou les contradictions du désir de la personne. sont en train de disparaître,Il convient plutôt de repérer le déplacement des motifs qui poussaient ces contradictions à des expressions massives.

L’individualisme ultra contemporain, dans ses manifestations les plus vraies et les plus profondes, apparaît un individualisme essentiellement inquiet, dépressif, de gens qui se trouvent confrontés, sans l’avoir choisi, à des questions qu’ils sentent les dépasser, parce qu’il est dans une rupture historique . Ces éléments de manifestations des maladies de l'âme, nous les avons regroupées en trois rubriques.


Le premier groupe d'éléments nouveaux se situe sur l'axe de l'agir:

Le passage à l'acte n'est pas une nouveauté. Cependant la signification et l'orientation de cet agir pathologique sont nouvelles. Le grand déplacement est celui qui nous fait passer de l'acte expressif( de soi) à l'acte de rupture (avec soi). Nous pensions jusque là, que les conduites étaient à déchiffrer comme les expressions d'une intériorité éventuellement déchirée.

On a affaire à la manifestation d'une passion de se dégager de soi, de se délier de soi ou de se détourner de soi. L'individu ultra contemporain ne fuit pas seulement les autres( tout en redoutant de les perdre), il se fuit aussi lui même. Ce qui le rend encore bien plus insaisissable que son devancier qu'il y a un siècle. Celui ci n'avait qu'un inconscient, un inconscient qui était encore lui, un autre lui même. Alors que ce qui est susceptible de scinder le sujet lui même , ce n'est pas seulement la poussée de l'autre de soi en soi, mais l'appel de l'autre que soi.24Nous examinerons aussi un aspect de la vaste question des nouvelles formes de traumatismes contemporains 25


La deuxième groupe concerne les troubles de l'identité:

Il correspond aux pathologies dites un peu vite, «narcissiques», pathologies du vide intérieur. Il s'agit d'un vide actif Le sentiment de n'être plus rien ni de nulle part, le vertige devant son propre vide en sont les expressions. Qu'en est-il de la catégories des identifications? Est-elle encore opératoire dans notre monde?

On parle beaucoup de la faiblesse des identifications dans les états - limites, avec un coupable désigné:le fatal père, aujourd'hui indifférent ou inconsistant. On gagnerait à poser le problème autrement:pour qu'il y ait identification il faut qu'il y ait du sens à s'identifier. Or ces situations ne sont pas données par la nature; elles sont fonction d'une organisation sociale et symbolique. Pour qu'il y ait sens à l'identification, il faut qu'il y ait prévalence de modèles culturels, qu'il s'agit de s'incorporer,au sens ancien du terme, parce que ces modèles fournissent la matière même de la vie humaine , parce que à travers eux on entre en communication avec l'idéal- l'idéal en matière d'autorité paternelle ou professorale, mais aussi en matière de beauté, de féminité, de séduction, d'intelligence ou de quelque autre facette de la condition humaine. Or ce ressort semble atteint. Il y a faiblesse des identifications parce que il n'y a pas de sens à s'identifier. Il y a désidentification car il y a dés idéalisation. Phénomène flagrant au niveau des hommes politiques par exemple. Si l'identification est toujours là, elle passe par d'autres voies et elle travaille autrement. 26 Nous aurons aussi à interroger les nouvelles voies d' identifications par le virtuel et les risques inhérents à ce pharmakon . 27

Le troisième groupe concerne le rapport à l'autre:

le malaise évolue entre deux pôles.

A un pôle, l'angoisse d'avoir perdu les autres. Elle est le fond de certains états de panique. Elle est le fait d'une expérience de solitude anéantissante. Une expérience qui ne menaçait guère les personnalités de l'âge traditionnel, avec la capacité de solitude que leur procurait l'incorporation de l'être en société. Alors que pour l'être de l'indépendance qu'on voit émerger, son indépendance est inséparable d'une intense préoccupation de sociabilité. Pour exister, il faut rester brancher sur les autres.

A l'autre pôle, la peur des autres. Branché mais distant. Besoin de la présence des autres mais dans l'éloignement d'avec les autres. . L'évitement est son comportement. Cette distance et cet évitement s'accompagnent d'une peur diffuse de l'autre. Et l'on conçoit que l'autre puisse être perçu comme une menace , en l'absence d'un mécanisme symbolique capable de régler la distance avec l'autre. Il est tantôt trop loin, tantôt trop près. Il est dangereux dès qu'il s'approche, puisqu'on ne sait à quelle place le fixer.28

On peut dessiner un certain nombre de traits caractéristiques de ce nouvel individu de notre culture hypermoderne. En en grossissant les traits jusqu'à la caricature: il se caractérise par une tendance à vivre et à se comporter par excès, un impératif de jouissance, les sensations priment sur la recherche de sens avec une recherche de satisfaction immédiate, l'image remplace la pensée, la transgression des lois est banalisée , l'appauvrissement des rapports sociaux, un mode de fonctionnement psychique privilégiant les actions et les somatisations.


Pour terminer ce propos sur l' axe choisi pour dessiner les nouvelles maladies de l'âme et introduire le chantier de notre recherche, je mets celle que je vous ai proposée en débat et vous invite à proposer d'autres perspective 29 .Cette longue- vue proposée, notamment avec sa mise en perspective historique, si elle a , comme je l'espère , au moins le mérite de montrer la complexité de l'émergence de l'individualité au sein du processus démocratique et repérer quelques constituants des souffrances contemporaines qui y sont liées, utilise un artifice . Cette perspective historique pourrait donner l'illusion que les formes de la pensée mythico-religieuse seraient bien loin de nous , ou archaïques voire révolues .Nous aurons bien sûr à retraiter cet effet d'optique et nous aurons à ré interroger les frontières de la nature et la culture30. Ainsi les catégories de «soi» et d'«autrui» paraîtront moins liées à la notion occidentale d'individu même si le parti pris du titre « les maladies de l'âme » suggère que nous n'en avons pas fini avec les frontières du visible et de l'invisible, de l'autre et de l'un, de la nature et de la culture.

Bref pour conclure ce propos inaugural, d'autres focales auraient pu être aussi proposées 31Notre perspective n'apparaîtrait alors que comme l'une des versions possibles et que toutes peuvent être mises sur un même plan d'analyse, car il est bien évident que prétendre saisir les nouvelles maladies de l'âme, nécessite, pour le moins, plusieurs points de vue et des focales variées, pour en distinguer les émergences et formes nouvelles.

1Cette présentation , à été faite le 19 novembre 2009, à l'UNESCO dans le cadre d'un atelier de travail co dirigé avec Marie Agostini, ayant comme thème: «Philosophie et médecines de l'âme». Ce texte sur  les nouvelles maladies de l'âme s'est appuyé sur un travail dont est proposée, içi, la version écrite, plus complète que la présentation orale .

2Dans un article récent, le journal Le Monde, lance un cri d'alarme sur la génération 16-25 ans: 1 adolescent de 16 ans sur 10 a tenté de se suicider (Enquête mené auprès de 2500 élèves, chiffre issu de l’enquête Espad, réalisée par l’Observatoire français des drogues et de l’Inserm).

3Gauchet Marcel, La démocratie contre elle même, Gallimard, 2002,

4Je remercie l'anthropologue Maurice Godelier dont le point de vue m'a été précieux pour re visiter le fondement des sociétés humaines.

5S'ouvre ici notre premier chantier;nous y avons invité Lionel Obadia , professeur d'anthropologie, Directeur de l'Ecole Doctorale des Sciences Sociales Lyon 2. Nous lui proposerons de nous indiquer ,ce que soignent ces premiers médecins de l'âme que sont le chaman et le sorcier et comment ils opèrent?

6Cela ne signifie nullement , comme nous le dit Claude Levi Strauss dans « Tristes tropiques », que les hommes soient semblables, et mêmes dans les tribus primitives, les différences individuelles sont perçues avec autant d'application que dans notre civilisation « individualiste ».

7Ce monde mythico-religieux nous habite toujours plus ou moins d'une certaine façon . Joran en parle à sa façon en consultation :avec son chien, et son corps tatoué plein de cicatrices qu'il expose, témoignant des rites de sa tribu et des rixes avec les tribus rivales. Il vit en bande, dans un squatt , dans une mythologie qui raconte qu'il n'y a pas de futur sinon le voyage vers l'au-delà, dont Joran et ses pairs se font récit dans les after-raves. C'est « la honte » s'il vient à l'atelier philo. Pourtant sa « frangine » tribale, Adeline, qui a son rat sur l'épaule et sniffait de l'essence à 14 ans ,le pousse à venir. Elle fait du psychodrame dans notre centre de soins.

Nous inviterons Michel Tozzi,pour éclairer ,en quoi et comment les mythes peuvent aider à l'apprentissage du philosopher. Halidou Yacouba sera sollicité pour développer l'idée de repenser les mythes en Afrique en vue d'une pratique de la philosophie à l'école primaire

Nous demanderons à Marika Moisseeff de nous éclairer sur les nouveaux mythes en guise de rite pour les adolescents.

8S'ouvre ici un deuxième chantier. Nous souhaiterions saisir mieux la question,comment,par cette fissure, comment de la magie va émerger la médecine , et comment du mythe va émerger la philosophie?Ce processus est-il simultané? Le deuxième point questionné est comment émerge l’idée que le maniaque (qui signifie fou) est soumis à des passions majeures, mais que la raison, la discussion rationnelle peut l’améliorer.( Ce discours est la matrice des traitements rationnels ,et un certain nombre de thérapies actuelles plonge leurs racines dans cette conception).

9Cf Descola pp 100

10Nous demanderons à Tanella Boni,de nous éclairer sur l'âme antique et ses médecines, et plus particulièrement de ce couple antique,philosophe-médecin et ses rapports à l'âme.

11Cf la naissance du sens, pp 9

12Cette prise de conscience du fictif, est un aspect qui est au coeur de certains de nos dispositif de soins, notamment les groupe contes pour les enfants et le psychodrame analytique pour les adolescents, pour décoller psychiquement les espaces de l'imaginaire et de la réalité.

13Le premier invité dans nos travaux sera l'Oedipe de Sophocle; nous inviterons avec lui l'émergence de la tragédie, et ce qu'elle permet dans la prise de conscience du fictif .

14Les philosophes et les scientifiques du 16ème siècle. jusqu'aux Lumières vont creuser cet espace en un univers infini, sans centre, sans ordre, ni sens, sans providence ni plus aucun symbole divin. La recherche d'un sens, d'une finalité n'est pourtant pas abandonnée, une hiérarchie non plus Divine mais Humaine va émerger dans ce large champ hors du sacré, qui deviendra lieu d'une possible objectivité, de l'expérimentation, de la reconstruction du réel. 

15Ce refus, cette rupture est celle d'Angèle, 7 ans, dont je suis déjà venu présenter, à l'UNESCO, les débats psychiques sous le titre «L'enfant et les croyances au risque du philosopher; le cas d'Angèle ». Cette petite fille était venue penser en consultation cette rupture en elle, et comment , dans l'agora de sa cours d'école, avec Charlotte et le « nietzschéen »Kévin, elle l'avait élaborée. Bref ,il s'agissait aussi de montrer comment, au sein d'une relation thérapeutique, il est possible de repérer un processus de philosopher chez l'enfant et en saisir les effets thérapeutiques. Contribution consultable dans la Revue internationale de didactique de la philosophie, DIOTIME n° 38, octobre 2008 /www.crdp-montpellier.fr

16Parallèlement s'opère une révolution analogue dans la politique:le fondement du pouvoir n'est plus d'origine divine mais terrestre:il s'agit de l'association volontaire d'individus. Le lien social peut être conçu comme artificiel, volontaire et de nature juridique. On peut voir aussi ici que le politique croise la question de la folie. Le fou , pour dire simple, va jeter un doute profond sur la capacité humaine à se gouverner sans référence à un ordre surnaturel. D'où l'exclusion du fou à cette période, son «grand renfermement». Cette rupture passe aussi avec la une tradition séculaire d'acceptation de la folie dans le monde commun. Nous demanderons à Yves Hersant,de nous éclairer sur comment, à la Renaissance ,la déraison se trouve-t-elle distinguée de la raison ?

17Nous avons choisi que notre premier invité soit donc Michel Montaigne. Marie Agostini fera entrer notre deuxième maître d'oeuvre ,dans notre communauté de recherche, après cette présentation. Nous aurons aussi à examiner dans notre chantier, en quoi, et comment, la parole de Montaigne est moderne?Quels sont les constituants à l'oeuvre qui signent ce commencement dans lequel nous pouvons nous reconnaître? Je renvoie également ici, à la conférence de Marie Agostini (novembre 2007); « Montaigne : la philosophie contre la force de la coutume », lors du 7ème Colloque sur les nouvelles pratiques philosophiques. Actes du colloque disponible sur le site www.colloquepratiquesphilo.org

18Lorsque Claude Levi Strauss évoque les deux lignes philosophiques qui prennent naissance dans l'oeuvre de Montaigne, le scepticisme et la philosophie des Lumières, il ne cache pas que cette dernière , c'est à dire une « utopie » selon laquelle on peut bâtir une société sur des règles rationnelles , est le plus grand danger qui menace la liberté et le droit des hommes.

19Georges Canguilhem a justement fait remarquer que la « psychologie » darwinienne des animaux ne s'avère guère différente de celle de Montaigne.

20Freud sera notre troisième invité. Nous demanderons à Gunter Gorhan de nous parler de la douleur d'âme chez Freud (Seleenschmerz) et à des psychanalystes de sa déclaration de guerre à la religion dans «L'avenir d'une illusion» par son Dieu logos. Mais alors que penser du désir de Freud de voir les psychanalystes devenir des «passeurs d'âme séculiers»?La psychanalyse serait-elle alors une religion laïque ? une philosophie?

21Un groupe de travail est à constituer pour analyser cette figure contemporaine. Nous demanderons à Martine Volle de nous parler du coaching , que nous questionnerons aussi avec Pierre Lecoz; le coaching, nouveau management des âmes?

22Nous interrogerons les transformations de nos façons de croire. Nous demanderons à Nathalie Luca de nous éclairer sur les nouvelles frontières du croire et sur les croyances qui se développent dans des entreprises non religieuses. Quant à Anne Gotman, elle nous éclairera sur le langage profane des fidèles et sur les philosophies individuelles telles que se les formulent des catholiques et des juifs se disant tels.

23Cette partie reprend des hypothèses développées par Marcel Gauchet dans Le Débat, N°99, mars-avril 1998.

24Nous ouvrirons un débat argumenté avec les cliniciens (psychologues cliniciens et psychanalystes) sur ces hypothèses pour comprendre ces nouvelles maladies de l'âme. Nous examinerons aussi ce que cela implique parfois de changements dans l'aménagement des dispositif de soins. Pour dire simple, si nous proposons toujours dans nos CMPP des groupes thérapeutique centrés sur l'analyse et l'élaboration des refoulements appelés « groupe d'expression », nous mettons en place de nouveaux dispositifs permettant le développement de nouvelles capacités réflexives et associatives.

25Yannick Jaffré sera sollicité pour nous éclairer comment la mondialisation confronte divers systèmes interprétatifs des souffrances infantiles, et modèle des institutions de «soins» mêlant le thérapeutique à des normes comportementales supposées.

.Nous demanderons à Alexis Chirokoff, Gilles Cervera, et Jean-Marc Chapiro d'apporter leurs réflexions sur les jeunes en rupture et une philosophie de la rupture: révolte, rébellion , révolution..

Xavier Emmanuelli nous éclairera sur les nouvelles urgences sociales ,ses symptômes, de la précarité, à la pauvreté à l'exclusion..Catherine Malabou sera invitée à nous parler sur «les nouveaux blessés»et nous aider à penser les nouveaux traumatismes contemporains.

Michel Tozzi apportera un éclairage sur comment la discussion à visée philosophique est possiblement réductrice de violence 

26Nous aurons à éclairer ce phénomène central. Nous demanderons à Philippe Descola de nous développer les « schèmes généraux »permettant à chaque individu d'identifier ce qui est autour de lui et d'identifier ses relations avec l'environnement. Nous pourrons voir que ces schèmes ne sont pas exclusifs les uns des autres et co existent à des degrés divers. Dans cette perspective, notre césure entre nature et culture n'est que l'une des modalités, sans doute la moins commune!

27Nous demanderons à Bernard Stiegler d'éclairer les rapports de l'individu contemporain au virtuel , les conséquences et risques de ce pharmakon.

28Nous inviterons Frédéric Vengeon à apporter ses réflexions sur « ce que nous enseigne le handicap», solliciterons Anne Gotman, pour interroger le sens de l'hospitalité et les fondements sociaux de l'accueil de l'autre.

29Nous demanderons à Lionel Obadia d'apporter un point de vue critique sur cette perspective proposée.

30Nous inviterons encore Philippe Descola à nous éclairer sur les frontières de la nature et de la culture et de nous aider à réfléchir à la question; la nature a t-elle une âme?

31Bernard Stiegler propose une hypothèse à partir d'une autre autre point de vue , différent, mais nullement contradictoire, avec celui présenté: la souffrance psychique est provoquée par l'organisation addictive de la consommation par ce qu'il appelle un capitalisme pulsionnel. Nous lui demanderons d'exposer son point de vue.

Axel Honneth propose l' hypothèse que depuis une vingtaine d’années, les réformes néolibérales dans l’économie ont engendré une nouvelle sorte d’individu dont la relation à soi se révèle dépourvue de capacité de réflexivité et qui est privé de la capacité d’avoir des conflits ou des dialogues intérieurs .Pour lui, le néo libéralisme suscite ce qu’il appelle des phénomènes d’  « auto-réification ». Ce qui signifie que les hommes se mettent à entretenir avec eux-mêmes une relation qui n'est plus d’ordre réflexif et qui n’a plus le dialogue pour orientation. Cette idée de la généralisation dans les sociétés marchandes, d’une « attitude réifiante » consiste donc dans l’adoption systématique de la posture d’un spectateur désengagé, jetant sur le monde, les autres et soi-même une attitude de neutralité extérieure, distante, objectivante et calculatrice. Honneth pose que « l’attitude de reconnaissance » est précisément le contraire de cette attitude réifiante : elle faite d’implication, d’engagement actif, d’intéressement et de préoccupation envers les choses, les autres et soi-même.( Le Monde 22 mars 2007)

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