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Philoformation

Réflexions et recherches sur la formation à la Discussion à Visée Philosophique (DVP)

Comment former les enseignants à la DVP ? Quelle philosophie leur est nécessaire ? Comment intégrer la DVP dans la formation des professeurs de philosophie ? Ce chantier a pour objectif de mettre en commun les recherches actuelles :

- d’explorer les perspectives, de formuler les questions pertinentes sur le sujet et d’avancer quelques pistes de réflexion et de recherche ;

- de partager des soucis, des pratiques, des inventions et des progrès.

Contact pour Philolab : Nathalie FRIEDEN (Suisse), maître d’enseignement et de recherche en didactique de la philosophie, Université de Fribourg  
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Lancement du chantier_nov 09

Résumé de l’atelier de travail sur la formation_UNESCO_18 novembre 2009

par Nathalie Frieden, maître d'enseignement et de recherche en didactique de la philosophie à l'université de Fribourg

Ce travail sur la formation se veut un atelier pour réfléchir ensemble à nos expériences de formateurs d’adultes travaillant dans la pratique de l’oral en classe de philoosophie. 
Voici nos buts :
- Nous voulons partager nos soucis et  les problèmes que nous rencontrons dans notre expérience.
- Nous voudrions recenser quels sont les besoins spécifiques à ces formations.
- Nous désirons partager des inventions, des progrès, des exercices innovants et performants.
- Finalement nous voudrions créer une communauté de recherche dans laquelle nous pourrions répondre aux besoins que l’un ou l’autre d’entre nous rencontre dans son travail didactique.
Je présente ici le résumé de ce que nous avons ébauché en atelier et ensuite je tenterai une présentation partielle et initiale, du chantier de notre travail.

A. Résumé des discussions
 1. Problèmes soulevés
Les problèmes principaux formulés sont pour le moment les suivants:
 a. Les problèmes liés à l"organisation et au public cible
1° à l’organisation : des types de formations (La formation doit-elle être initiale ou continue ?), aux formes de formations (doit-elle être libre ou obligatoire ?) et aux genres de groupes formés (hétérogènes ou homogènes : peut-on mélanger les groupes d’instits et des profs des collèges ? des profs de lycée et de SEGPA ?)
2° aux besoins philosophiques de ces formations : combien et quelle philosophie ? De quoi a-t-on besoin ? Le constat est que des instituteurs qui n’ont fait que très peu de philo au bac et les étudiants qui sortent de cinq ans de philo à l’université partagent certains problèmes devant une DVP. Pour les personnes peu ou pas formées, la plus grande difficulté est pour eux de comprendre ce qui leur manque. Quand aux autres, l’université forme à la connaissance et à l’analyse de textes et d’auteurs, et non à l’écoute de pensées en train de se faire. Les étudiants d’uni sont démunis ou mal formés ou trop formés, face à une nouvelle pratique parce que la DVP aborde la philo d’une façon à laquelle on n’est pas du tout préparé, les élèves abordent les grands problèmes d’une façon libre et pas « classique ».Quelle préparation et comment la donner ? Comment diagnostiquer le vrai besoin et comment y répondre?

 b. Les problèmes liés aux compétences : Quelles compétences un animateur doit-il avoir ? On remarque qu’il faut
1° des compétences humaines (écoute, décentration, empathie, confiance)
2° des compétences morales (ne pas juger, ne pas conseiller, respecter, exiger, faire confiance)
3° des compétences sociales (animer)
4° des compétences intellectuelles (écouter, comprendre, ne pas trahir, exiger, faire confiance dans la pensée de l’autre, s’y intéresser, y croire)
NB  Un aspect important est que chaque méthode de DVP a des objectifs différents et donc demande des compétences propres, spécifiques à la réalisation de cet objectif propre. Par exemple : il faut savoir se taire pour monter un dispositif Lévine, il faut savoir problématiser pour monter un dispositif Tozzi/Pettier/
Comment faire découvrir par nos étudiants, ces compétences, comment les apprécier et surtout comment les former ?

 c. Les problèmes liés aux ressentis positifs et négatifs (peur/courage/confiance ; plaisir/lassitude…) Comment accueillir dans la problématique de la formation, le domaine du ressenti ? Le ressenti est ce dont on ne parle pas parce qu’on est pudique, parce qu’il est parfois inconscient ou refoulé, parce qu’on n’ose pas partager avec les autres, parce qu’on le subit du fait qu’on ne l’aborde pas. Il entraine qu’on peut lâcher la DVP, qui reste alors, comme un feu de paille. De quoi a-t-on peur ? De la DVP elle-même, du décentrement et de la perte de l’ordre dans la classe, du décentrement et de la perte des repères intellectuels, que le niveau intellectuel de la classe baisse et que je ne sache pas le retrouver, ou la peur que les problèmes qui naissent dans la discussion,  soient trop difficiles et que je ne sache pas comment les saisir ou exploiter. Finalement il y a aussi la peur que la DVP ne s’intègre pas au programme et que l’on prenne du retard par rapport à celui-ci.
Il faut aborder ces problèmes et les résoudre sinon le prof s’arrête de mettre en place des DVP.
Ce qui pose le problème suivant : Comment construire une pérennité dans la pratique de la DVP ?
Comment et pourquoi une DVP « marche-t-elle » ?

 2. Solutions envisagées
 a. Les problèmes liés à l'organisation et au public cible
1° Nous avons peu parlé de ce problème d’organisation. Nous avons seulement partagé une expérience positive semblable, à savoir que plus la formation est libre plus elle se passe bien. Si elle est libre, un groupe même très peu homogène est une richesse, la motivation est meilleure et donc les possibilités que cette formation ne soit pas inutile mais que l’expérience soit durable, sont grandes.
Nous devrions reprendre les difficultés des formations obligatoires avec des groupes peu homogènes afin de voir comment résoudre les problèmes spécifiques à ces formations-là.

2° Les besoins liés à la formation en philosophie : Nous avons remarqué que la nature philosophique des DVP doit être découverte (tant par les formateurs que par les formés) et comprise. Cette dimension inquiète les non-philosophes parce qu’ils craignent de ne pas bien la saisir et la gérer. Quant aux philosophes, ils ont un préjugé négatif.
o Il est donc opportun de voir et analyser des vidéos de DVP. En l’absence des enfants, on peut plus facilement, regarder, s’arrêter, analyser, discuter les problèmes qui surgissent, les valoriser, se les poser à soi-même, en parler.
o Pour ceux qui n’ont pas de formation, c’est l’occasion de relever un problème, un besoin, une attente et demander un module de formation précis qui réponde à cette demande-là. Si plusieurs personnes organisent parallèlement des DVP dans leurs classes sur des mêmes sujets, ils peuvent se retrouver avant ou après pour voir de quoi ils ont besoin. L’idéal est que la formation soit le plus possible, une réponse précise à un besoin réel.
o Jean-Charles Pettier propose une formation de ce genre, ciblée et utile pour accompagner une histoire philosophique à exploiter en DVP. Ses fiches forment le support philosophique pour un besoin précis.
o Seul, un animateur-débutant peut, après une DVP, faire l’inventaire des questions posées par ses élèves pendant la discussion et chercher qui sont les auteurs qui ont traité de ces questions afin de se former, grâce à la découverte des réponses que les grands philosophes ont données.
o Revisiter les manuels de lycée afin de revoir autrement le programme fait au bac. Les manuels ont changé et ils ont plus de matière utilisable. Par exemple les « repères » offrent une façon philosophique de questionner et de penser, utilisable par le prof.
o Observer des DVP avec des enfants d’un tout autre âge que celui auquel on est habitué, permet de reconnaître des mêmes problèmes, les mêmes questions, une posture face au monde.qui se ressemble. On saisit mieux ainsi quels sont les problèmes philosophiques fondamentaux.
o Faire entre collègue une DVP avant de reprendre le même sujet en classe, permet de découvrir les grands problèmes et de s’informer, se cultiver entre les deux DVP, à chaud.


 b. Les problèmes liés aux compétences se divisent en deux : les compétences communes à toutes les méthodes, et les compétences propres à une méthode. Dans ce deuxième domaine, il nous faudra travailler en groupes plus petits, afin de comprendre comment pour chaque méthode, une formation précise peut se construire. Nous sommes en effet, dans la majorité des cas,  chacun de nous, formateur dans le cadre d’une méthode précise

1° Les compétences communes sont surtout morales. Elles ont suscité une vive discussion : Le respect, l’empathie psychologique et/ou cognitive, l’écoute, l’attention… sont elles des compétences  présentes chez tous les profs et animateurs qui se lancent dans la DVP ? Est-ce que le seul fait qu’ils veuillent organiser des DVP est le signe qu’ils respectent l’élève et veulent l’entendre? La réponse était mitigée. Ces compétences morales sont elles exigibles ? Et si oui, comment peut-on les exiger et/ou les former ?
a. Tous les participants étaient d’accord que voir et analyser des DVP permet de mettre en valeur les compétences morales en jeu, leurs difficultés et leur nécessité. Dans ce domaine il a été réaffirmé combien il est nécessaire pour la formation d’avoir un fond de DVP enregistrées afin de pouvoir avoir accès à ces outils de travail. Si nous avions un fond commun, nous pourrions d’ailleurs partager plus facilement, nos méthodes de travail et nos exercices en nous référant au même patrimoine. A ce sujet, un participant a remarqué combien l’abonnement au cours audio de Sasseville lui avait été profitable à cause entre autre des multiples exemples enregistrés de DVP analysées.
b. Ces compétences morales doivent être observées en détails. Elles sont faites de micro-compétences. Plus on les observe plus on peut comprendre tous les gestes qui les constituent et les expriment.
c. Ce travail peut être fait avec des moyens tels que la grille de Porter. Cela permet de comprendre et comparer ce que l’on aurait tendance à faire, à ce que l’on devrait faire.
d. Un participant a montré combien il est important de travailler dans le multiculturel parce que on y apprend à se brancher sur l’autre dans sa différence, prêter attention, apprendre à lui faire confiance. Il y a une similitude de posture dans les deux situations.
e. Le respect nait aussi dans la posture de l’animateur. En instituant une autorité ailleurs que dans un seul, en acceptant d’être dans la recherche avec d’autres, au lieu de se situer au-dessus, peu à peu disparait la peur des autres. Le prof est dans le chantier avec les autres. Plus l’animateur est à l’écoute de ses élèves, plus il en est enrichi, et vit comme un « supplément d’âme ».
f. Il faut faire confiance à l’effet spécifique de la philosophie. Ceci est encore plus frappant dans un milieu défavorisé. La philosophie permet de rentrer dans un rapport au sens, à la vie, qui entraine une motivation. En effet, les questions existentielles sont posées, on parle de ce qui concerne le jeune.
g. Le respect n’est pas seulement moral, il est philosophique : il faut postuler que l’élève pense. Le respect intellectuel se fonde sur la considération de l’interlocuteur comme un interlocuteur valable : celui-ci est capable de penser ce qui est significatif, de dire du sens. Nous devons être attentifs à comment la DVP restaure les narcissismes blessés. En pensant, parlant et en étant écouté, le jeune se redresse. Il fait l’expérience forte d’être un sujet pensant, du cogito. Le respecter c’est être exigeant intellectuellement (dans la méthode Tozzi). Il existe donc un premier respect qui est moral et un autre type de respect qui est philosophique. Les deux doivent (peuvent ?) être formés. Comment ?
Pour former ce deuxième respect, il faut rentrer dans la façon dont le jeune voit le monde. C’est une empathie cognitive qui permet d’entendre et comprendre dans ce que dit le jeune, sa vision du monde. Il s’agit d’une empathie qui exige de se brancher sur l’autre. Le deuxième moment est un moment de compréhension de ce que l’autre dit. Le troisième moment est celui de la reformulation sans trahison. Il faut exercer les reformulations des idées de ceux qui pensent le moins comme nous. Apprendre à rendre à l’élève tout le poids de ce qu’il a dit.

2°. Les propositions concernant les compétences qui ne sont pas morales : compétences d’animation et compétences intellectuelles. Notre colloque nous a montré combien les méthodes de DVP sont différentes dans leurs objectifs et donc dans leur déroulement. Nous devons, il me semble, travailler en groupes, dans chaque méthode, et construire un inventaire des savoirs, des savoirs faire, des exigences, des gestes et des attitudes fondamentaux de chaque méthode. Il nous faut ensuite essayer de comprendre comment former chacun de ces aspects.

 c. Les solutions liés problèmes des ressentis positifs et négatifs. Comment accueillir dans la problématique de la formation, le domaine du ressenti ? d’abord en en parlant, en donnant une place à l’expression de ces aspects, et en n’oubliant pas d’aborder chacun des ressentis exprimés. D’autre part en formant à intégrer positivement, la dimension du sensible dans la formation, tant celle de l’élève que de l’animateur.
o On a peur de la DVP elle-même. Il faut en analyser mais surtout en faire. Il faut sortir de la solitude et pouvoir partager avec des collègues et/ou avec un formateur disponible, les difficultés.
o On a peur du décentrement et de la perte de l’ordre dans la classe : plus on ritualise les DVP, plus on rentre dans une certaine régularité, plus les élèves le vivent bien et l’acceptent, et s’en réjouissent. Il faut veiller au grain : l’aspect du dispositif est très important. Il devient une Gestalt qui contient psychologiquement les pulsions, comme un cadre posé dans la confiance. Certains ont exprimé l’importance de sortir du lieu-classe afin de marquer géographiquement une situation différente.
o On a peur du décentrement et de la perte des repères intellectuels. Plus on a d’exigences intellectuelles, c'est-à-dire un respect de ce que pense le jeune, plus la DVP est riche et plus cette peur disparait. Si on relève, avec des animateurs en formation, dans l’analyse d’une DVP, tout ce qui s’est dit, toute la richesse des interventions, ils apprendront d’une part à y être attentifs et d’autre part à faire confiance qu’il se passe quelque chose d’intellectuellement valable.
o On a peur que les problèmes qui naissent dans la discussion, soient trop difficiles et qu’on ne sache pas comment les saisir ou exploiter. Plus la formation philosophique est ciblée, et plus les compétences d’animation sont drillées, plus un animateur prend confiance.
o On a peur que la DVP ne s’intègre pas au programme et que l’on prenne du retard par rapport à celui-ci. Il faut travailler la liste des compétences dans le nouveau programme scolaire, et voir combien parmi celles-ci sont développées par la pratique de la DVP. Dans ce domaine il faut consulter le livre de J.-C. Pettier Textes et débats à visée philosophique : au cycle 3, au collège (en SEGPA et... ailleurs)  Dans ce domaine, au lycée, il faut développer des liens entre DVP et l’apprentissage de la dissertation afin de saisir combien la DVP peut être utile à la formation de la pensée, de l’argumentation et de l’ordre écrit.
o La question fondamentale qui se trouve derrière tous ces ressentis négatifs, est celle de comment construire une pérennité dans la pratique de la DVP ? Nous avons remarqué que la pérennité dépendant de la satisfaction affective, intellectuelle et professionnelle ressentie par l’animateur. Ce qui revient à se demander : Comment et pourquoi une DVP « marche-t-elle » ?

B.  Comment allons-nous travailler ?
Nous n’avons pas eu le temps de réfléchir à cette question. Je vais donc proposer et j’attends de vous tous les conseils, suggestions et critiques.
J’ai mis l’accent sur trois chantiers.
1. Comprendre les problèmes liés à l’organisation des formations
2. Les problèmes liés à l’inventaire et la formation des compétences. Et ici, j’ai suggéré que nous nous divisions en groupes qui travaillent dans les diverses méthodes.
3. Aborder la question de comment aborder et intégrer les ressentis dans la formation.

Notre chantier a deux objectifs :
1. Comprendre ces grands champs en questions
2. Imaginer et/ou  construire des exercices pour chaque acte, geste, savoir faire etc. nécessaire à la formation
Il est vrai que, à chaque niveau de notre discussion, la méthode de formation que j’ai appelé celle de « Venez et voyez »(de DVP live ou de DVP enregistrées ou en scripts) est ressortie comme essentielle et très importante dans la mesure où elle est accompagnée de l’analyse de tous les éléments constitutifs. Il faut se demander s’il y a d’autres méthodes mais surtout se demander quels sont tous les prolongements possibles de ces observations.
Il me semble que nous devons participer chacun selon nos disponibilités, nos intuitions, nos coups de génie, notre expérience etc. le plus librement à cet atelier de travail. Quand nous aurons un peu de matière, nous verrons comment l’ordonner. Mais l’important est de participer et mettre en commun notre expérience.
Merci de participer.
Merci de me dire dans quel domaine vous voulez et pouvez travailler.
Ce chantier va donc durer 9 mois, être ouvert à la cité, à tout artisan intéressé à y apporter sa contribution . Vous pouvez consulter dans le détail l'ensemble du chantier et les points sur lesquels vous pourriez apporter votre contribution, sur le site www.philolab

Pour ma part je m’engage à travailler dans le domaine de l’inventaire des problèmes spécifiques à l’intégration des nouvelles pratiques dans le contexte de l’enseignement au lycée :
- Problèmes liés à la formation philosophique inadaptée des universitaires.
- Problèmes liés aux compétences

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